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Plus de trois ans après l’essor de ChatGPT, Bpifrance a mené une grande enquête pour dresser l’état des lieux de l’IA dans les PME et ETI en France en interrogeant plus de 1 200 dirigeants, avec notamment 40entretiens qualitatifs pour creuser le sujet.
La rédaction de Moon revient sur les bonnes feuilles de ce rapport, avec notamment la perception de l’IA par les chefs d’entreprise français, les freins à l’usage de l’IA et nos conseils pour mobiliser cette technologie au service de votre croissance.
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Bpifrance : les PME ont compris l'enjeu de l’IA mais peinent à passer à l'action
La prise de conscience est incontestable : 58 % des dirigeants interrogés par Bpifrance considèrent l'IA comme « une question de survie » à horizon 3 à 5 ans. Rappelons qu’en 2017, la moitié des dirigeants doutaient encore de l’impact du digital sur leur activité. L’IA n’était même pas un sujet.
La prise de conscience est donc bien là, mais elle ne se traduit pas pour autant en passage à l’acte. Les dirigeants savent qu’ils doivent agir, mais l’IA reste encore un sujet abstrait et complexe qu’ils remettent à chaque fois « au trimestre suivant ». L’étude épingle un décalage entre l’urgence perçue du chantier et les actions engagées :
- Seules 32 % des PME et ETI utilisent aujourd'hui une solution d'IA (contre environ 16 % il y a deux ans, en 2023) ;
- 57 % des dirigeants déclarent ne pas avoir défini de feuille de route IA pour leur entreprise.
- 54 % des entreprises qui utilisent l'IA se limitent aux versions gratuites des chatbots… dont les performances ne sont tout simplement pas adaptées à un usage professionnel.
Le rapport des dirigeants français à l’IA : Bpifrance identifie 4 profils
Dans la grande majorité (73 %) des PME qui ont amorcé leur transformation par l’IA, c’est le dirigeant qui a été à l’initiative du projet. D’ailleurs, le fait que l’impulsion vienne de la direction maximise les chances de succès.
Le profil du dirigeant est donc une variable décisive dans le déroulement du chantier. C'est pourquoi Bpifrance a segmenté les 1 209répondants selon leur posture face à l'IA :
- Les Sceptiques (27 %) dirigent des entreprises peu digitalisées, souvent dans la construction ou le transport. Ils ne perçoivent pas l'intérêt de l'IA pour leur activité et craignent ses impacts sociaux. Environ 86 % d'entre eux estiment que l'impact de l'IA est « négligeable » ;
- Les Bloqués (26 %) ont conscience de l'enjeu mais n'arrivent pas à passer à l'action. Il leur manque les compétences, la formation et « le mode d’emploi » pour avancer. Ce profil est surreprésenté dans le commerce ;
- Les Expérimentateurs (28 % ) testent l'IA avec curiosité et encouragent leurs équipes à explorer les outils. Mais ils peinent à passer à l'échelle faute de budget et (surtout) d'expertise interne. Ce profil est très fréquent dans les services et l’industrie.
- Les Innovateurs (19 % pilotent des entreprises déjà digitalisées. Ils maîtrisent eux-mêmes les concepts de l'IA, forment leurs collaborateurs et intègrent la technologie dans leurs processus. Ce profil est surreprésenté dans la tech, la finance et les services aux entreprises.
Les quatre freins qui empêchent les PME de passer à l'action sur l'IA
Bpifrance identifie quatre principaux freins à l'adoption de l'IA dans les PME et ETI en France : le coût perçu des solutions, la crainte des mauvais usages (notamment la fuite de données confidentielles), la difficulté à identifier les cas d'usage pertinents et la résistance des salariés.
Frein n°1 : le coût perçu des solutions IA
Les dirigeants interrogés par Bpifrance citent le coût comme premier frein à l'adoption de l'IA. Cette perception s'explique par l'image que renvoient les projets IA des grands groupes : recrutement de data scientists, achat de licences logicielles à plusieurs dizaines de milliers d'euros par an, investissements en infrastructure serveur, etc.
Les PME et ETI, qui fonctionnent avec des budgets serrés et (souvent)sans direction informatique dédiée, estiment que l'IA est hors de prix. Il s’agit d’une idée reçue, car l’IA a justement le potentiel de réduire l’écart de ressources entre les PME et les grandes structures :
- L’analyse des données est une lacune historique pour les PME. Avec l’IA générative, le marketing et la vente peuvent faire parler les chiffres en quelques minutes ;
- Peu de PME peuvent se targuer d’une équipe de designers capables de produire des visuels et vidéos pour le marketing. Avec l’IA, elles peuvent produire des contenus intéressants à moindre coût ;
- Les outils d'IA générative comme ChatGPT, Claude et Gemini proposent des abonnements professionnels à partir de 20 € par utilisateur et par mois ;
- Les solutions d'automatisation no-code comme Make ou Zapier, qui permettent de connecter l'IA à vos outils métier (CRM, ERP, messagerie), fonctionnent sur des modèles tarifaires progressifs à partir de quelques dizaines d'euros par mois.
Frein n°2 : la crainte de perdre la confidentialité des données
Un tiers des dirigeants interrogés (33 %) citent les «mauvais usages » de l'IA comme frein à son adoption, notamment les hallucinations, les fake news et, surtout, le risque de fuite de données confidentielles.
Il faut dire que cette crainte est fondée. Les versions gratuites des chatbots IA grand public utilisent par défaut les conversations pour entraîner leurs modèles. Rappelons également le fameux incident de juillet2025, où plus de 100 000 conversations privées avec ChatGPT avaient fuité sur Google.
Selon l'étude Bpifrance, 53 % des dirigeants n'ont pas pris position sur l'utilisation des IA gratuites par leurs équipes. En pratique, les collaborateurs utilisent donc ChatGPT et d'autres outils sans consigne interne, chacun à sa manière, avec des données plus ou moins sensibles, en violation du RGPD et du règlement européen sur l’IA (AI Act).
Il y a pourtant des solutions :
- Les versions professionnelles de ChatGPT (Team, Enterprise), Claude et Gemini n'utilisent pas vos données pour l'entraînement de leurs modèles. Cette garantie figure dans leurs conditions contractuelles.
- Des solutions comme Mistral (outil français) ou des déploiements « on-premise » permettent de faire tourner l'IA sur vos propres serveurs ou sur des infrastructures hébergées en France.
- Une charte d'usage IA de deux pages suffit à poser les règles en interne : quelles données peuvent être saisies dans le chatbot, quels sont les outils IA autorisés, dans quelles conditions, etc.
Frein n°3 : la difficulté à identifier les cas d'usage
Près d'un quart des dirigeants (23 %) déclarent ne pas savoir où et comment appliquer l'IA dans leur activité. Ils ont compris que la technologie pouvait leur apporter quelque chose, mais ils ne parviennent pas à faire le lien entre les capacités de l'IA et leurs problèmes opérationnels quotidiens.
Cette difficulté s'explique par la nature même de l'IA générative. Contrairement à un logiciel métier (un CRM, un ERP, un outil de comptabilité), l’IA n’a pas une « vocation » prédéfinie. C'est une technologie généraliste capable de rédiger, résumer, analyser, traduire, coder, générer des contenus audiovisuels, etc. Face à ce champ des possibles, le dirigeant ne sait pas par où commencer.
L'étude Bpifrance révèle un autre facteur aggravant : 43 %des PME et ETI n'analysent pas leurs données pour piloter leur activité. Or, une entreprise qui exploite déjà ses données est 2,5 fois plus susceptible d'identifier des cas d'usage IA rentables.
Frein n°4 : la résistance des salariés
Près d'un quart des dirigeants (22 %) citent la résistance de leurs équipes comme frein à l'adoption de l'IA. Cette résistance peut prendre plusieurs formes :
- Peur d'être remplacé par la machine ;
- Refus de changer des habitudes de travail ancrées depuis des années ;
- Méfiance envers les contenus créés par une technologie perçue comme opaque…
Comme tous les projets transformationnels, le chantier de l’IA nécessite une approche de conduite du changement, à commencer par l’implication des équipes dès la phase d'identification des cas d'usage. Les collaborateurs doivent être des acteurs du projet plutôt que des spectateurs méfiants.
Toute la puissance de l’IA au service de votre performance.
Simplement. Sereinement.

